Sensibiliser & informer

Au Sénégal, beaucoup de jeunes filles découvrent leurs premières règles dans la peur et le silence. Certaines pensent être malades, d’autres n’osent pas en parler, faute d’information et de soutien. Ce manque de préparation transforme un phénomène naturel en source d’angoisse, d’isolement et parfois d’exclusion. Pourtant, il suffirait d’expliquer simplement, d’accompagner, de rassurer.


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« La santé menstruelle est une question de droits humains. »

Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique (FIGO)

La précarité menstruelle ne se résume pas au prix des protections hygiéniques. Elle touche à bien plus : au manque d’information, aux tabous, à la honte qui entoure encore les règles. Dans la région de Louga, une étude menée par ONU Femmes et le WSSCC a montré que les jeunes filles disposent de très peu d’informations fiables sur les changements biologiques liés aux menstruations, et que leurs premières sources sont souvent les mères et les amies — elles-mêmes insuffisamment informées (ONU Femmes & WSSCC, Étude sur la gestion de l’hygiène menstruelle dans la région de Louga, 2014). Résultat : les premières règles sont vécues comme une rupture brutale, entourée de croyances et de peurs.

L’absence d’espaces adaptés et d’accompagnement renforce cette vulnérabilité. À Louga toujours, près de la moitié des filles interrogées allaient rarement à l’école pendant leurs règles, faute d’infrastructures sûres et hygiéniques (ONU Femmes & WSSCC, 2014). L’information et la sensibilisation deviennent alors des armes essentielles : comprendre son corps, connaître les bonnes pratiques, savoir que l’on n’est pas seule.

C’est pourquoi il est urgent de réintroduire dans les écoles des assistantes sociales et des travailleurs sociaux capables d’accompagner les élèves. Leur rôle est crucial : informer les filles avant même l’arrivée de leurs règles, répondre à leurs questions, les soutenir pendant cette période, mais aussi prévenir des risques plus larges comme les grossesses précoces, qui touchent près d’une jeune fille sur quatre avant 18 ans au Sénégal (ANSD & UNFPA, Rapport sur la population et la santé de la reproduction, 2019). Ces professionnelles peuvent créer un espace de confiance où les adolescentes trouvent écoute, savoirs et dignité.

La sensibilisation ne doit pas s’arrêter aux filles. Les garçons, les enseignants, les familles doivent aussi être inclus. Car plus on en parle, plus on lève les tabous. Et lever les tabous, c’est déjà avancer vers une société plus juste.