Plaidoyer pour une justice menstruelle au Sénégal

La justice menstruelle est une question de dignité. Elle touche à l’essentiel : la santé, l’éducation, l’égalité, la liberté. Chaque mois, des millions de filles et de femmes vivent leurs règles dans des conditions indignes, faute de protections adaptées, faute d’infrastructures sanitaires, faute de reconnaissance sociale et politique. Ce qui devrait être un fait naturel de la vie devient une source d’exclusion, d’injustice et parfois même de danger.

Chez Justice Menstruelle Sénégal (JMS), nous refusons ce silence. Nous refusons de considérer les menstruations comme une affaire privée, secondaire, voire honteuse. Parce qu’en vérité, elles sont au cœur des inégalités sociales et de genre. Comme le rappelle la sociologue américaine Chris Bobel, spécialiste des études menstruelles, « les règles sont universelles, mais leur gestion est profondément inégale ». Tant que cette inégalité perdure, nous ne pourrons pas parler d’égalité réelle.


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« Tant que les règles seront un obstacle, l’égalité restera une illusion »


Briser le tabou, transformer la société

Notre vision repose sur une conviction simple : parler des règles, c’est parler de justice.
C’est reconnaître que des filles manquent l’école, que des femmes s’absentent du travail, que d’autres mettent leur santé en danger parce qu’elles n’ont pas accès à des protections de base. L’UNICEF estime qu’une fille sur dix en Afrique subsaharienne manque l’école à cause de ses menstruations. L’OMS rappelle que 500 millions de femmes dans le monde n’ont pas accès à des protections adaptées. Derrière ces chiffres, il y a des vies brisées, des trajectoires interrompues, des rêves différés.

Comme l’écrivait Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient. » Mais devenir femme ne devrait jamais signifier vivre ses règles dans la honte, l’improvisation ou la souffrance.

Une approche globale

Pour nous, la justice menstruelle ne se limite pas à distribuer des serviettes. Elle implique une transformation profonde de la société. Elle passe par quatre leviers essentiels :

Social : garantir l’accès gratuit et permanent aux protections pour toutes.

Politique : supprimer la TVA sur les produits menstruels, parce qu’ils sont un droit, pas un luxe.

Économique : engager les entreprises à jouer leur rôle en intégrant la santé menstruelle dans leur responsabilité sociétale.

Culturel et éducatif : briser les tabous, libérer la parole, éduquer dès l’école pour changer les mentalités.

Ces piliers ne sont pas séparés : ils se complètent et se renforcent. Ensemble, ils dessinent une société où les menstruations ne sont plus un obstacle, mais un fait de vie reconnu et intégré.

Une vision pour le Sénégal, une inspiration pour l’Afrique

Notre combat commence ici, au Sénégal. Parce que c’est notre réalité, parce que nous voyons chaque jour les conséquences du silence et du tabou. Mais notre vision dépasse les frontières. Nous voulons que le Sénégal soit un exemple, un pays où la dignité menstruelle devient un acquis, et que ce mouvement inspire d’autres nations africaines.

La philosophe nigériane Oyeronke Oyewumi rappelle que « ignorer le corps des femmes dans les politiques publiques, c’est ignorer leur humanité même ». Nous voulons au contraire affirmer cette humanité, la rendre visible et incontournable.

Un appel collectif

La justice menstruelle n’est pas seulement l’affaire des femmes. Elle concerne toute la société : parents, enseignants, médecins, décideurs politiques, entreprises, citoyens. Elle demande une alliance nouvelle, un engagement commun pour changer ce qui semble figé depuis trop longtemps.

Notre vision est claire : un Sénégal où aucune fille ne manque l’école à cause de ses règles, où aucune femme ne se prive de dignité faute de moyens, où les entreprises et l’État assument leur rôle, où la parole se libère et les tabous tombent.

Nous croyons qu’un autre avenir est possible. Un avenir où les règles ne sont plus un obstacle, mais simplement ce qu’elles sont : un cycle naturel de vie. Avec vous, avec toutes et tous, nous voulons bâtir cet avenir.