Les protections menstruelles : comprendre, choisir et entretenir

Longtemps, les règles ont été un sujet transmis dans la sphère familiale, de mère à fille, de femme à femme, dans la pudeur et la discrétion. Les femmes faisaient avec ce qu’elles avaient : du tissu, un pagne plié, du coton ou d’autres matériaux simples. Ces gestes, souvent répétés dans le silence, témoignaient d’une grande ingéniosité et d’une dignité que rien n’a jamais pu effacer.

Aujourd’hui, les temps ont changé. Les protections se sont multipliées, les produits sont plus nombreux et plus variés. Pourtant, le manque d’information et d’accès persiste pour des millions de femmes et de jeunes filles, notamment dans les régions où les conditions sanitaires restent précaires.

Au Sénégal, beaucoup continuent d’utiliser des protections dont la qualité n’est pas toujours garantie, parfois sans connaître les bons gestes d’hygiène ou les risques liés à leur utilisation.

Derrière ces évolutions, une réalité persiste : la méconnaissance du corps féminin et l’absence d’éducation menstruelle. Plusieurs enquêtes, notamment celles de l’UNICEF (2022) et de l’OMS (2023), montrent que des millions de filles en Afrique subsaharienne entrent dans la puberté sans aucune information préalable sur les menstruations. Au Sénégal, près d’une fille sur deux n’était pas préparée le jour de ses premières règles.

Cette absence d’information crée une situation d’angoisse, de honte et parfois de rejet de soi, alors même que la menstruation est un phénomène biologique normal qui accompagnera les femmes pendant 30 à 35 ans de leur vie fertile.
Ce déficit de connaissances rend également difficile la gestion pratique des règles : savoir comment se protéger, à quelle fréquence changer de serviette, comment laver ou conserver les protections, ou encore reconnaître les signes d’une infection.

Ainsi, comprendre, choisir et entretenir les protections menstruelles devient un véritable enjeu de santé publique et d’éducation.


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« Longtemps, nous avons saigné en silence. Aujourd’hui, nous parlons pour celles qui n’osaient pas. »

Justice Menstruelle Sénégal 

Chaque corps est différent. Certaines femmes ont un flux léger, d’autres plus abondant. Certaines vivent en milieu urbain avec un accès à l’eau et à des produits variés, d’autres en milieu rural où l’accès aux sanitaires, à l’eau potable et à des protections de qualité est limité. Le choix d’une protection dépend donc du confort, des moyens, du cadre de vie et des préférences personnelles. Mais dans tous les cas, une chose reste essentielle : l’hygiène menstruelle.

Les différents moyens de protection menstruelle

Les serviettes jetables sont les plus utilisées aujourd’hui. Elles sont pratiques, mais leur qualité varie énormément. Il est recommandé de vérifier la marque et la provenance, d’éviter les produits sans étiquette claire ou sans autorisation sanitaire, et de changer de serviette toutes les quatre à six heures. Les protections mal conservées ou de mauvaise qualité peuvent provoquer des irritations, des allergies ou des infections, parfois graves. L’hygiène commence donc dès le choix du produit.

Les serviettes réutilisables gagnent en popularité. Elles représentent une alternative écologique, économique et durable, à condition d’être correctement lavées et séchées. Laver à l’eau froide, utiliser un savon doux, rincer soigneusement et sécher au soleil sont des gestes simples mais essentiels pour éviter la prolifération bactérienne. Une serviette bien entretenue peut durer jusqu’à deux ans, selon la qualité et les conditions d’hygiène.

Les tampons et les coupes menstruelles restent peu répandus en Afrique de l’Ouest, mais ils sont utilisés dans certaines zones urbaines. Les tampons doivent être changés toutes les quatre à six heures et ne pas être portés la nuit. Les coupes menstruelles (cups) peuvent être portées jusqu’à huit heures, mais nécessitent une stérilisation avant et après chaque cycle. Ces produits exigent un environnement propre et un accès à l’eau, ce qui limite leur utilisation pour de nombreuses femmes.

Mais l’hygiène menstruelle ne se limite pas au corps. Elle concerne aussi l’esprit, la perception de soi et la relation au corps féminin.
La honte, la peur, le manque d’information et les moqueries ont un impact direct sur la santé mentale et la confiance des jeunes filles.
Selon l’UNESCO, une fille sur dix en Afrique subsaharienne manque l’école pendant ses règles, faute de conditions adéquates ou à cause de la gêne. Parler librement des règles, informer et normaliser ce sujet, c’est déjà agir pour la santé mentale et l’égalité.

C’est dans cet esprit que Justice Menstruelle Sénégal agit : informer, éduquer, protéger.
Nous distribuons des protections, mais aussi des connaissances.
Nous expliquons comment les utiliser, les entretenir, et surtout pourquoi il est vital de comprendre son corps.
Bientôt, à travers notre campagne nationale, nous irons à la rencontre de milliers de filles pour parler d’hygiène menstruelle, de santé reproductive et de dignité. Parce que comprendre, choisir et entretenir, c’est préserver la santé, la dignité et la liberté des femmes.

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